Fuites carbones : quand l’UE se fait plombier pour le climat (1/2)

La disparité des politiques publiques visant à la contraction des émissions carbones entre les nations pourrait pénaliser économiquement les pays les plus vertueux.

Que nous disent les modèles ricardiens de compétitivité sur les risques économiques qui planent sur l’Europe après la mise en place d’une taxation carbone quasi unique en son genre ?

Résumé

  • Un modèle ricardien entre deux pays est utilisé dans cet article pour comprendre l’impact de la mise en place d’une taxe carbone dans l’un des deux pays sur sa compétitivité industrielle.
  • SI la taxe carbone appliquée dans le pays vertueux est suffisamment faible, aucune perte de compétitivité n’est observée, mais si elle dépasse un certain seuil, certains voire toutes les industries de spécialité du pays vertueux peuvent se voir délocaliser dans le pays non vertueux par compétition sur les prix.
  • L’ordre de fuite des industries du pays vertueux vers le pays non-vertueux quand on augmente la taxe carbone dépend non seulement de la compétitivité intrinsèque des pays, mais aussi de l’intensité carbone des secteurs : plus ils polluent par euro produit, plus il est probable qu’ils se voient délocaliser des pays vertueux vers les pays non-vertueux.
  • Les fuites carbones décrivent le phénomène de déplacement de la pollution des pays vertueux en matière de climat vers les pays sans taxation carbone, issu de la délocalisation des industries polluantes.

Article

-55% d’émissions de GES d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 : tel est le mot d’ordre au principe du package de politiques publiques Fit for 55 dévoilé l’été dernier par la Commission Européenne dans le cadre de son Pacte vert. Ce dernier ambitionne de faire de l’Europe le “premier continent neutre au plan climatique” (1) à l’horizon 2050, chemin dont l’un des piliers est la recherche du découplage entre croissance économique et utilisation des ressources, tout comme celle de l’efficacité énergétique ainsi que le souci d’une transition équitable “qui n’abandonne personne”. D’après l’Agence Européenne de l’Environnement- citée par le FMI (2), les politiques actuelles ne permettraient qu’une réduction de 33% d’ici 2030. Il s’agit ainsi d’accélérer la cadence sur la trajectoire vers une  économie décarbonée que l’Union Européenne a déjà commencé à emprunter en réduisant ses émissions de 23% entre 1990 et 2018 (3). Notons toutefois que cet indicateur ne permet pas de rendre compte de la hausse des émissions importées dans de nombreux pays, à l’instar de la France.

Afin de concrétiser cette ambition, la Commission a sou